La fontaine des Chevaux-Marins


Le Cours Mirabeau et ses fontaines… c’est une bien longue histoire et celle-ci perdure encore aujourd’hui. Profitons-en pour faire un rapide inventaire de ces dernières en les parcourant du haut vers le bas du Cours:

– 1: La fontaine du « bon » roi René édifiée en 1823,
– 2: La fontaine d’eau chaude (ou moussue) crée en 1666-1667,
– 3: La fontaine des neuf canons datant du XVIIe siècle,
– 4: La fontaine des Chevaux Marins édifiée entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle.

En principe à ce moment de la lecture, vous devriez vous poser des questions concernant la dernière fontaine que j’ai citée. C’est normal, cette fontaine n’existe plus aujourd’hui. Cet article sera l’occasion de revenir sur l’histoire de la fontaine des Chevaux Marins qui fermait autrefois le Cours Mirabeau et qui fut détruite vers 1780 (l’année précise semble varier selon les sources). Nous allons découvrir que c’est la création de l’actuelle place de la Rotonde qui a, d’une certaine manière, engendrée la destruction de cette fontaine.


 – Etat des lieux entre les XVII et XVIIIe siècles :

Avant toute chose, il est bon de rappeler la disposition de l’entrée de la ville à cette époque :

La place de la Rotonde n’existait pas encore et le quartier Mazarin possédait encore quelques zones non construites. Et pour ce qui était de pénétrer dans la ville par ce côté, on pouvait utiliser l’ancienne porte des Augustins qui se trouvait à l’entrée de l’actuelle rue Espariat.
Le Cours Mirabeau, né de l’abattage des remparts sud de la ville ancienne était planté d’ormeaux (les platanes arriveront au XIXe siècle)  et  il ne s’achevait pas sur une place comme aujourd’hui.

Dans ses premières années d’existence, le Cours s’achevait à son extrémité ouest par le rempart qui encerclait alors toute la ville. Mais à la toute fin du XVIIe siècle, la décision fut prise de démolir cette partie du rempart qui clôturait le Cours à l’ouest, et ainsi d’y établir une sorte de balcon et offrir une vue dégagée sur le panorama de la campagne environnante.

Car il faut préciser que le panorama lui aussi était très différent de ce que nous voyons aujourd’hui :

Comparé à ce que nous connaissons, le niveau du sol de la zone où se trouve la place de la Rotonde et les Allées Provençales était située plus en contrebas et le Cours s’achevait abruptement, avec ce balcon qui surplombait alors ce décor. Rappelons encore que le Cours était une promenade, et n’était en rien une voie de circulation menant, ou étant lié à des routes étant donné qu’il s’étendait de l’hôtel du Poët à l’est et s’achevait avec la fontaine des Chevaux Marins et sa balustrade à l’ouest.

Découvrons sur la gravure ci-dessous à quoi ressemblait la fontaine et la vue à l’époque :

La fontaine des Chevaux Marins à l’extrémité ouest du Cours Mirabeau
La fontaine des Chevaux Marins à l’extrémité ouest du Cours Mirabeau – Gallica/BNF – Voir dans les sources

Voici la même vue aujourd’hui :

L'ancien emplacement de la fontaine des Chevaux Marins de nos jours
L’ancien emplacement de la fontaine des Chevaux Marins de nos jours

Cette fontaine, probablement la plus monumentale du Cours à l’époque, était ornée de deux chevaux marins en plomb. On préféra ce métal plutôt que du bronze qui était trop coûteux à l’époque. Les chevaux furent coulés à Aix par un fondeur du nom de Gallopin. Les chevaux tiraient le char de Neptune dans un bassin, le tout faisant face au Cours. Le jet central lui, atteignait une hauteur de vingt pieds (env. six mètres). Elle était adossée à une balustrade composée de près d’une centaine de balustres (98 selon Marcel Provence dans son livre « Le Cours Mirabeau »).

Note: Pour ce qui est de la destruction du rempart qui a engendrée la création de la fontaine et de la balustrade, certaines sources évoquent un soucis d’esthétisme, tandis que d’autres évoquent la découverte d’une source au pied du rempart, détail qui aurait motivé l’abattage de ce dernier afin d’exploiter cette eau par le biais d’une fontaine.

La fontaine et le Cours ainsi qu'une petite partie de la balustrade en bas de l'image
La fontaine et le Cours ainsi qu’une petite partie de la balustrade en bas de l’image

 

Découvrons mieux le quartier à cette époque sur le plan ci-dessous :
Cette vue actuelle montre en superposition le quartier tel qu’il était jusque vers 1780, période de la destruction de la fontaine.
– En rouge: le tracé des remparts à l’époque
– En jaune: la partie du rempart détruite et remplacée par la balustrade
– En orange: la fontaine des Chevaux-Marins
– En noir et gris: le tracé des routes de l’époque
– En vert: les prairies environnantes en contrebas

La zone entourant l'ancienne fontaine des Chevaux Marins avant sa destruction. (Tentative de restitution) - Photo: Google Maps
La zone entourant l’ancienne fontaine des Chevaux Marins avant sa destruction.
(Tentative de restitution) – Photo: Google Maps

Cette fontaine, qualifiée de « superbe », fut malheureusement détruite vers 1780.


 – De la destruction de la fontaine des Chevaux-Marins à la future place de la Rotonde :

Afin de faire converger les routes d’Avignon et de Marseille et de rendre leur accès plus aisé, on décida de créer un carrefour plus en avant du Cours.
Plusieurs projets sont envisagés, comme celui de conserver la fontaine des Chevaux-Marins en créant deux ouvertures pour les « voitures » publiques: l’une s’ouvrant sur l’actuelle rue Espariat, l’autre sur la rue Mazarine.

Au détriment de beaucoup, c’est finalement un projet plus simple qui fut retenu, celui de détruire la fontaine en la remplaçant par un pont enjambant un fossé destiné à recevoir les eaux de la fontaine détruite, le tout couplé d’une grille fermant l’accès au Cours. Cette grille fut l’œuvre du ferronnier Mignet. Le nom de Mignet est encore en présent dans Aix car on donna ce nom à un rue et au collège en hommage à son son fils : l’historien François Auguste Mignet.

A compter de cette période, le Cours n’était donc plus une promenade, mais une voie publique ouverte à la circulation. Suite à ces aménagements, Il était envahi d’une insupportable poussière en été et presque impraticable en hiver en raison de la boue selon les écrits de l’époque.

En parallèle de ces modifications, les prairies situées en contrebas commencèrent à être rehaussées et transformées en carrefour pour les routes d’Avignon et de Marseille. Pour élever cette vaste zone au niveau du Cours, on utilisa en partie les vestiges issu de la démolition de l’ancien Palais Comtal qui a disparu à peu près à la même période. Cet espace ainsi rehaussé au niveau du Cours deviendra la future place de la Rotonde.

Preuve que ces vestiges on été réutilisés pour élever cette zone, on en a retrouvé en 2013 lors de la démolition de l’ancien office du tourisme près de la Rotonde, là où se trouve aujourd’hui l’Apple Store (cliquer ici).

Voici sur le plan ci-dessous le quartier tel qu’il était suite à ces aménagements:
Cette vue actuelle montre en superposition le quartier tel qu’il était de la fin du XVIIIe siècle et jusqu’en 1843, date de la disparition de la grille fermant le Cours.
– En rouge: le tracé des remparts à l’époque
– En marron: le pont enjambant le fossé
– En bleu: le fossé à l’entrée du Cours
– En rayé: la grille fermant le Cours
– En gris: la zone rehaussée qui deviendra la future place de la Rotonde

Le fossé, la grille et le pont à l'entrée du Cours. La future place de la Rotonde a fait son apparition (Tentative de restitution) - Photo: Google Maps
Le fossé, la grille et le pont à l’entrée du Cours. La future place de la Rotonde a fait son apparition
(Tentative de restitution) – Photo: Google Maps

La grille à l’entrée du Cours fut donc supprimée vers 1843, et pour ce qui est de l’aménagement de la place de la Rotonde, après plusieurs projets envisagés, c’est finalement celui d’y établir une  fontaine monumentale qui sera retenu. Elle sera édifiée vers 1860.

Cette fontaine là, nous la connaissons très bien car c’est celle qui se dresse encore aujourd’hui sur la place de la Rotonde.

Avant de finir, je tiens à signaler qu’une magnifique représentation de la Fontaine des Chevaux-Marins est toujours visible dans l’ancienne Halle aux grains qui accueille aujourd’hui une annexe de la bibliothèque Méjanes. Nous devons cette fresque à Emile-Félicien Lombard (1883-?), commis principal des Postes, conseiller municipal et artiste peintre qui l’a réalisée en 1924. Elle n’est donc pas d’époque mais probablement très fidèle quand on la compare aux autres représentations de cette fontaine aujourd’hui disparue.

– Voici la photographie de cette fresque:

La fresque de la fontaine des Chevaux Marins par Lombard en 1924
La fresque de la fontaine des Chevaux Marins par Lombard en 1924

Aujourd’hui, il ne reste plus rien de cette fontaine remplacée par l’entrée du Cours Mirabeau.
Pour d’avantage de détails historiques concernant le Cours à cette époque, je vous encourage à lire le document PDF de l ‘A.R.P.A. dont le lien figure dans les sources.


POUR CITER CET ARTICLE :

- Sur une publication web ou papier : Mentionnez le nom de l'auteur de l'article et un lien vers l'article source.
- Sur les réseaux sociaux : Evitez d'extraire des photos du site, ça ne sert à rien. Partagez seulement le lien de l'article qui vous a plu.
Plus d'infos en cliquant ici pour les conditions ou ici pour me contacter.

 Sources:
A.R.P.A. (Document PDF)
 Gravure de la fontaine des Chevaux Marins –  A. M La Tour-Keyrié (1897) Gallica-BNF
Jean Paul Coste – Aix en Provence et le pays d’Aix
André Bouyala d’Arnaud – Evocation du vieil Aix en Provence
Roux Alphéran – Les Rues d’Aix Tome 2
Marcel Provence (Joannon)- Le Cour Mirabeau
ruesdaix.ag13
Le Mémorial d’Aix du 11 octobre 1874
Le Mémorial d’Aix du 30 Mars 1924 (Consultable sur le site le la Méjanes)


1
Poster un Commentaire

avatar
1 Comment threads
0 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
0 Comment authors
Aix-en-Provence d’hier en quelques liens et ouvrages | Biblioweb Recent comment authors
récents anciens notes
trackback
[…] chaque siècle a connu ses destructions de monuments : le Palais des Comtes de Provence en 1786, la fontaine des Chevaux marins en 1780, les portes et remparts de la ville à différentes […]