L’exécution de la rue du Bon-Pasteur


Information : Cet article ayant été mis à jour il y a plus d'un an, certains éléments abordés ici pourraient être sensiblement différents aujourd'hui.

Note: Avant toute chose, il est bon de préciser que bien qu’ils aient été rapportés par divers auteurs et historiens, ces faits n’ont jamais pu réellement être prouvés. Il faut donc garder un léger recul quand à la véracité des événements. En revanche pour tout la partie concernant l’histoire de la rue et des édifices, tout est vrai et prouvé.


La sombre anecdote (ou légende) qui va vous être contée aujourd’hui, nous a été rapportée par l’historien aixois Ambroise Roux-Alphéran (Les Rues d’Aix – Tome 1 paru en 1846-1848), qui la tenait des écrits d’un historien encore plus ancien:  Jehan de Bourdigné (1529 – Histoire agrégative des annales et chroniques d’Anjou et du Maine).


Les lieux, d’un point de vue historique.

Ces faits se sont déroulés dans l’actuelle rue du Bon-Pasteur, au Nord du centre ancien, tout près de là où elle débouche sur la rue Gaston de Saporta, à deux pas de la cathédrale Saint-Sauveur. Nous allons donc remonter le temps, jusqu’en l’an 1476. A cette époque, la ville était bien moins étendue que de nos jours (cette partie de la ville est par ailleurs très ancienne puisqu’elle était déjà intégrée dans le périmètre de la ville antique voir les cartes des évolutions d’Aix).

  • Note: Au XVe siècle, la rue du Bon-Pasteur portait le nom de « rue du Puits-Chaud » dans sa partie haute. On lui donna ce nom en raison d’un puits alimenté par les eaux thermales qui se trouvait dans cette rue. Elle prit le nom de « Bon-Pasteur » au XVIIe siècle lorsque dans sa partie inférieure (qui va du croisement de la rue Venel au thermes et qui s’appelait alors la rue des Trabaux) fut établit une maison hospitalière pour femmes repenties que l’on nommait « Les filles repenties » ou encore « Les filles du Bon-Pasteur ». Cet établissement se situait précisément sur les terrains situés à l’angle entre la rue du Bon-Pasteur et la rue du Cancel et exista jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Et pour mieux comprendre, rien de mieux que le plan ci-dessous:

– En rouge: les limites de la ville au XVe siècle.
– En bleu: la partie haute de la rue du Bon-Pasteur, l’ancienne « rue du Puits-Chaud ».
– En vert: l’ancien emplacement de l’église de l’oratoire (explication en fin d’article).

Les limites d'Aix au XVe siècle - Photo: Google Maps
Les limites d’Aix au XVe siècle – Photo: Google Maps

Et pour mieux situer cette histoire, voici une photographie des lieux:
La partie supérieure de l’actuelle rue du Bon-Pasteur anciennement « rue du Puits-chaud », à partir de là où elle est rejointe par les rues Venel et des Guerriers, jusqu’à son croisement avec la place de la cathédrale Saint-Sauveur.

La partie superieure de l'actuelle rue du Bon-Pasteur, anciennement rue du Puits-Chaud
La partie superieure de l’actuelle rue du Bon-Pasteur, anciennement rue du Puits-Chaud

L’histoire :

C’est donc en ce lieu que commença  l’histoire du dénommé Léon Asturg.

Léon Asturg était juif, et le malheureux fut accusé d’avoir proféré des « blasphèmes injurieux contre la Saint-Vierge ». Le roi René qui en fut informé, le fit mettre en prison et chargea des docteurs en théologie de le catéchiser. Mais Asturg, inébranlable, continua de blasphémer. Au vu de son comportement, le roi René le fit juger. Le malheureux fut alors condamné à: « estre despouillé tout nud sur ung eschaffault dressé au droit de sa maison, et là estre escorché tout vif ». L’exécution de la sentence fut fixée à l’après-midi du même jour.

La communauté juive d’Aix qui en fut informée, prit alors la décision de réunir la somme de 20000 florins afin de faire pardonner Léon Asturg, et ainsi le voir libéré. Une douzaine d’entre eux se rendit donc auprès du roi afin de lui proposer le « marché ». Mais le roi n’apprécia absolument pas que l’on demande le pardon pour un blasphème, et en raison de cette insolente proposition, il doubla la sentence: désormais, non seulement Asturg devait être exécuté, mais par les siens.

Oui, exécuté par ceux qui étaient venus l’aider. A l’époque il y des choses avec lesquelles on ne marchandait pas. Notre douzaine de bonshommes, ne s’attendant absolument pas à une telle réaction du roi modifièrent alors leur proposition: les 20000 florins ne serviraient plus à gracier leur ami, mais à les dispenser de l’exécuter. Etrangement, le roi accepta la proposition et empocha l’argent.

Léon Asturg fut donc exécuté, mais par des hommes masqués.


 Légende ou pas ?

Cette histoire n’est donc visiblement pas prouvée, mais en y regardant de  plus près, certains détails peuvent nous amener à penser le contraire (ou pas). En effet, au vu de l’époque et des tensions religieuses qui y existaient, un tel fait accompagné d’une telle sentence est tout à fait probable.
De plus, un autre historien d’Aix, Pierre-Joseph de Haitze (1656-1737), nous apporte un détail intéressant: il mentionne qu’afin de perpétuer le souvenir de cette exécution, une colonne fut dressée sur les lieux même de l’exécution.

Roux Alphéran, rapporte de son côté que vers la fin du XVIIIe siècle, on pouvait effectivement encore voir les restes d’une colonne contre le mur de l’ancienne église de l’oratoire (en vert sur le plan en haut d’article) bâtie bien après les faits en 1638, et détruite en 1799. Mais il ajoute que De Haitze aurait très bien pu se tromper quand à l’origine de la colonne (une colonne dont il ne reste absolument rien de nos jours).

Quoi qu’il en soit, et c’est typique de ce genre d’histoires traversant les siècles et les auteurs, la version originale est peut-être moins fidèle à celle qu’on en a faite.

Libre à chacun(e) de se faire sa propre idée, et c’est ainsi que plus de 500 plus tard, le mystère demeure et demeurera sans doute encore longtemps…


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