Une nouvelle passerelle et le passé de la zone côté nord au début du XXe siècle

 – Article mis à jour le 24 juillet 2016 – 


Je vous propose une comparaison photographique de l’évolution des lieux qui accueilleront le futur embranchement côté nord du tablier de la future passerelle enjambant l’autoroute A8.

Pour rappel, ce tablier (visible sur la troisième photo du montage), dont le tracé débute non loin de l’avenue Gaston Berger (près de la résidence Li Passeroun) pour s’achever au près du parc-relais Krypton le long de l’avenue de l’Arc de Meyran, a été posé il y a quelques jours.

L’occasion pour nous d’observer le début de cette métamorphose et tant qu’à faire, de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur et chercher ce qui se trouvait là au début du XXe siècle.


 Comparaison des lieux : avant / après :

Les trois vues ci-dessous ont été prises du coté nord de la passerelle, au niveau de la résidence Li Passeroun située au sud de l’avenue Gaston Berger. Pour la vue de 2009, je suis allé la chercher sur Google Maps (cliquez sur la photo pour mieux la voir) :

Le futur embranchement de la passerelle et le tablier vus de la résidence Li Passeroun – Photos : © Aix en découvertes et Google Maps
Le futur embranchement de la passerelle et le tablier vus de la résidence Li Passeroun – Photos : © Aix en découvertes et Google Maps

 – Mise à jour photo au 24 juillet 2016 : 

Les lieux en juillet 2016
Les lieux en juillet 2016

 

La passerelle enjambant l'autoroute A8 (vue depuis celle du Coton Rouge
La passerelle enjambant l’autoroute A8 (vue depuis celle du Coton Rouge)

 

Le nouveau parking et la passerelle au fond
Le nouveau parking et la passerelle au fond

 – Plus d’infos : Site de la ville d’Aix en Provence


 Le quartier il n’y a pas si longtemps :

 Note : Toutes les sources citées dans cette partie de l’article proviennent des archives du Mémorial d’Aix et chaque source a son lien indiqué en fin d’article si vous souhaitez la consulter en ligne  et dans son intégralité sur le site de la bibliothèque Méjanes.

Donc pour rester tout près de ce lieu, sachez que la zone qui accueille la résidence Li Passeroun le long de l’avenue Gaston Berger (et donc tout près du lieu qui nous intéresse aujourd’hui) a accueilli pendant presque 50 ans… une usine d’épuration  ! En effet, il suffit de jeter un œil sur la comparaison ci-dessous pour aisément la distinguer (cliquez sur l’image pour mieux la voir):

Le site de l'ancienne station d'épuration des Fenouillères en 1964 et de nos jours - Photos : Google Maps et © IGN GEOPORTAIL/1964
Le site de l’ancienne usine d’épuration des Fenouillères en 1964 et de nos jours – Photos : Google Maps et © IGN GEOPORTAIL/1964

Là aussi, que de changements ! La vue de 1964 nous montre le quartier à l’époque où l’on aperçoit les multiples bassins de l’usine d’épuration. Les cercles rouges sur les vues ci-dessus indiquent l’emplacement de l’usine d’épuration. L’ovale bleu sur la photo représentant le quartier de nos jours n’indique vaguement que le tracé de la partie du tablier installée ces dernier jours. La passerelle sera, dans sa totalité, bien plus longue, puisqu’elle rejoindra le parking-relais Krypton situé plus à l’ouest.


 L’usine d’épuration :

Cette ancienne usine de traitement des eaux, qui fut probablement la première de la ville était donc destinée à recevoir les eaux usées provenant de la ville. Elle était nommée de plusieurs façons selon les textes : usine d’épuration des Fenouillères ou encore usine d’épuration Saint-Benoit. Elle se trouvait près d’une autre usine indiquée sur certains plans d’époque comme étant l’usine des gadoues, qui lui était accolée au sud (les constructions visibles sous les bassins).

En ce qui concerne l’usine d’épuration, tout laisse à penser qu’elle fut bâtie dans le courant des années 1920 (selon le Mémorial d’Aix du 1er Janvier 1922) dans le cadre d’une vaste opération de réfection et d’assainissement du réseau d’égouts de la ville. Le projet initial semblait dater de 1911 (mentionné dans le Mémorial d’Aix du 27 août 1911), donc bien plus tôt. Mais comme on le sait,  les choses mettent toujours un certain temps à se faire, ce délai d’environ 10 ans entre l’idée du projet et sa mise en œuvre n’est donc pas vraiment une surprise.

Vue rapprochée des bassin de l'usine d'épuration en 1968
Vue rapprochée des bassins de l’usine d’épuration en 1968 – Photo : © IGN GEOPORTAIL/1968

L’emplacement ne semble pas avoir été choisi par hasard car il comportait quelques avantages cités dans les journaux de l’époque :
– en contrebas de la ville, donc plus simple pour l’écoulement
– dans une zone très rurale à l’époque, donc pas (ou peu) d’habitants incommodés. C’est du moins ce que l’on pensait AVANT la construction de l’usine…


 Des soucis d’hygiène :

Vivre à côté de telles structures, ça doit se sentir et pas qu’un peu, ce qui fut effectivement le cas. Car des habitants incommodés, il y en a quand même eu quelques-uns et pas qu’un peu là aussi…

Pour preuve, cet extrait d’un article issu du Mémorial d’Aix du 31 juillet 1932 qui mettait en évidence les dépenses « extravagantes » de la municipalité qui avait pour projet de créer de nouveaux boulevards pour un coût très élevé en ne se souciant guère de la propreté et de l’hygiène de la ville :

Le Maire d’Aix ne croit-il pas qu’ils se pose à Aix un problème autrement plus urgent et plus angoissant : la propreté et l’hygiène de notre cité. Hygiène particulièrement menacée dans les quartiers du Pont-de-l’Arc et du Pigonnet, par l’usine d’épuration et par le charnier de l’usine des gadoues. Espérons que l’adjoint à l’Hygiène saura le rappeler à son chef, en temps opportun. – (M. A. du 31/07/1932)

Un an plus tard, le problème était toujours d’actualité. Cette fois-ci, c’était environ 150 riverains des quartiers environnants (Pont-de-l’Arc, la Beauvalle, Le Pigonnet, le Montaiguet, Coton-Rouge, les Fenouillères, etc…) qui se sont unis pour publier un communiqué dans le Mémorial d’Aix du 17 septembre 1933 afin d’énumérer les désagréments causés par cette usine ainsi que par celle des gadoues.

 – En voici quelques exemples  :

Le déversement permanent dans la rivière de l’Arc d’une grande quantité de matières fécales et de déjections de toutes sortes provenant des water-closets publics et particuliers de la ville. – (M. A. du 17/09/1933)

 

Le procédé journalier d’extraction (…) qui répand à certaine distance du voisinage puis dans toute la vallée une odeur des plus désagréables compromettant la santé publique. – (M. A. du 17/09/1933)

Le communiqué se terminait par cette phrase :

Nous espérons que notre réclamation sera entendue et que satisfaction nous sera donnée. – (M. A. du 17/09/1933)

Malgré l’inquiétude tout à fait compréhensible des riverains vis à vis d’un éventuel problème sanitaire et d’hygiène à long terme, cette demande ne fut, semble t-il, pas prise en compte par la municipalité en place à l’époque.

Notons, un fait divers pas gai du tout rapporté dans le Mémorial d’Aix du 31 juillet 1927 où l’on apprenait que le corps sans vie d’un fœtus avait été retrouvé devant les grilles de l’usine d’épuration. Bref, passons…


 La fin de l’usine et l’apparition de l’autoroute A8 :

L’usine d’épuration a visiblement continué sa petite existence jusqu’à la fin des années 60 / tout début des années 70, période ou fut construite l’autoroute A8. La photographie ci-dessous datant de 1969 est de mauvaise qualité mais on distingue malgré tout les bassins circulaires et l’énorme chantier de l’autoroute :

Les travaux de l'autoroute A8 en 1969
Les travaux de l’autoroute A8 en 1969 : Photo : © IGN GEOPORTAIL/1969

La photo ci-dessous, prise en 1975, nous montre que l’usine n’existait déjà plus cette année là. Elle laissa alors place à un terrain vague bordé par l’autoroute au sud :

Le site de l'ancienne usine d'épuration en 1975
Le site de l’ancienne usine d’épuration en 1975 – Photo : © IGN GEOPORTAIL/1975

Une partie de l’usine d’épuration (et de l’usine des gadoues) se situaient visiblement sur le tracé de l’autoroute, il est probable qu’elles aient définitivement disparu lors de ces travaux. Ce n’est qu’une simple supposition car je n’en connais pas la raison précise. La résidence qui en occupe aujourd’hui l’emplacement fut bâtie vers 1986/1988.


 Le temps passe :

Les temps changent, les besoins aussi. La population a grimpé en nombre, les structures n’étaient sûrement plus adaptées et leur emplacement commençait aussi à être de plus en plus habité. Plusieurs raisons qui, une fois cumulées n’ont pas permis à cette usine d’épuration de rester plus longtemps en place à cet endroit, sans compter l’autoroute, dont les travaux ont du être titanesques et nécessiter beaucoup d’espace.

Et encore aujourd’hui, le temps changent et nos besoins aussi. Pour preuve, la nouvelle passerelle (qui était le sujet initial de cet article) n’est pas là par hasard. Reste à voir de quoi seront faites les années à venir…


  – Note (bis) : Cela faisait bien longtemps que je voulais glisser cette usine dans un article mais le sujet est… peu évident à placer…
La construction de la passerelle juste à côté m’a bien aidé ! 


POUR CITER CET ARTICLE :

Merci de mentionner mon nom et celui du site dans votre publication en y insérant un lien vers l'article cité (comme dans l'exemple ci-dessous) :

[Damien Pachot - Aix en découvertes.com
- URL de l'article : https://www.aixendecouvertes.com/passerelle-a8-aix/]

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Pour tout renseignement complémentaire, merci de consulter les conditions de réutilisation du contenu du site ou me contacter.

  – Sources
Le Mémorial d’Aix du 27 août 1911 (page 2) – Projet d’usine d’épuration
Le Mémorial d’Aix du 1er janvier 1922 (page 1) – Début des travaux
Le Mémorial d’Aix du 31 juillet 1927 (page 2) – Le fœtus retrouvé devant les grilles de l’usine
Le Mémorial d’Aix du 31 juillet 1932 (page 1) – Plainte des riverains à propos de l’hygiène
Le Mémorial d’Aix du 17 septembre 1933 (page 2) – Le communiqué des habitants du quartier

et pour les vues aériennes anciennes :  Remonter le temps (service de Géoportail)

Si vous avez aimé, libre à vous de partager 🙂

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