L’origine du nom du village des Milles


En 2018 je vous proposait de découvrir le petit patrimoine des Milles puis, début 2020, c’est une chronologie du village (non exhaustive) que j’ai évoquée. Suite logique du sujet millois : l’origine de son nom.


Un unique nom, mais deux versions :

Le sujet de l’origine du nom du village des Milles a depuis longtemps été sujet à des contradictions.

En effet, selon les époques les avis ont divergé et deux versions ont été proposées et mises en opposition. Le but de cet article sera de développer chronologiquement ces deux hypothèses à l’aide des textes qui ont traité du sujet au cours des XIXe et XXe siècles.

Même si je me permettrai de donner mon avis en fin d’article, je souhaite en premier lieu mettre en avant ces deux versions qui divisent encore.


Version n°1 – La borne antique :

Au XIXe siècle, les auteurs de la Statistique du département des Bouches-du-Rhône publiée en 1829 (1) indiquent que le nom du village proviendrait de la présence d’une borne romaine située sur un pont passant au dessus de l’Arc à proximité du village actuel :

…Les Milles, en latin Millia, en Provençal Leis Mielos ; hameau sur l’Arc qui tire son nom d’une borne militaire dont on trouve encore les débris tout près du pont. Cette borne était la quatrième en partant d’Aix pour venir à Marseille. La voie romaine passait alors par cet endroit…

Statistique du département des Bouches-du-Rhône (1) – Page 867 – Publié en 1824

….Ce nom des Milles vient sans doute de la borne militaire qui était sur ce pont. Des Milles la voie Aurelienne littorale d’Aix à Arles se rendait en ligne droite jusqu’à Marseille en passant par le relais du Pin, Septèmes, les Aygalades, les Crottes et les collines de Saint-Lazare…

Statistique du département des Bouches-du-Rhône (1) – Page 309 (note b) – Publié en 1824

Certes les romains mesuraient les distances en milles, mais l’emplacement géographique de cette borne antique (en admettant qu’elle ait existé) n’est pas clairement indiqué par ceux qui en ont rapporté son existence.

Le pont évoqué dans la Statistique, où ce serait trouvée cette borne, n’existe plus car le pont le plus ancien encore en place aux Milles (celui situé au nord de la place Aimé Gazel) ne fut construit qu’à partir de 1845, donc après 1824 et la publication du document mentionné ci-dessus.


Version n°2 – un patronyme :

Au XXe siècle, des recherches et découvertes archéologiques ont remis en question l’idée de la borne romaine qui aurait donné son nom au hameau des Milles.

En 1907, les auteurs de l’ouvrage Les Antiquités de la vallée de l’Arc-en-Provence, (2) proposent une hypothèse radicalement différente. Pour eux, la voie antique ne passait tout simplement pas par Les Milles mais plutôt à proximité de Luynes, rejetant les affirmations de la Statistique de 1824 :

…Les auteurs de la Statistique, qui opéraient sur la carte inexacte de Cassini, portent dix-neuf milles et font passer la voie par le hameau des Milles, ce qui allonge le parcours et ce qui est en opposition avec les découvertes archéologiques faites depuis l’impression du dit recueil. (…) Le sol de la Via Aurelia avait été retrouvé non loin de Luynes à plus d’un mètre de profondeur…

Les Antiquités de la vallée de l’Arc-en-Provence (2) – page 107 – publié en 1907

Si l’on s’en tient à cette version révisée au XXe siècle, le tracé de la voie romaine ne serait pas passé par le hameau des Milles, il n’y a donc aucune raison qu’une borne indiquant cette voie ait pu se trouver à proximité du village.

Toujours selon les auteurs de cet ouvrage, l’origine du nom des Milles serait donc bien différente et serait à aller chercher du côté du patronyme des habitants des lieux :

…C’est à tort que l’on a recherché l’étymologie du nom de ce hameau dans la présence supposée d’une borne militaire. Cette petite agglomération s’appelait autrefois le Plan d’Aillane et prit le nom des Milles depuis la deuxième moitié du XVIIe siècle, du nom patronymique d’une famille très nombreuse qui y habitait…

Les Antiquités de la vallée de l’Arc-en-Provence (2) – page 108 – publié en 1907

1916 – Le retour de la version n°1 et de la borne antique :

En 1916, Michel Clerc publie l’ouvrage Aquae Sextiae – Histoire d’Aix-en-Provence dans l’antiquité (3). Malgré l’hypothèse émise en 1907 sur une origine patronymique, pour lui, rien de cela : il s’en remet à l’idée initiale de la voie romaine qui aurait bien pu passer par les Milles, et au nom du village qui aurait donc pu être liée à une borne antique ; le tout en se basant sur la Statistique du XIXe siècle :

…A quatorze milles de Marseille et à quatre milles d’Aix, sur la rivière de l’Arc, est le village des Milles, où les auteurs de la Statistique indiquent une pierre sur le pont. Bien que cette pierre ait disparu, le nom même du village est assez significatif et montre que la route passait par là…

Michel Clerc – Aquae Sextiae, Histoire d’Aix-en-Provence dans l’antiquité (3) – pages 231-232 – publié en 1916

Il ne fait pas pour autant l’impasse sur les affirmations de l’ouvrage Les Antiquités de la vallée de l’Arc-en-Provence publié en 1907 mais relève un manque de preuves :

…Pour les auteurs des Antiquités de la vallée de l’Arc-en-Provence, le nom actuel du village des Milles ne serait pas antique ; il ne daterait que de la seconde moitié du dix-septième siècle, et viendrait du nom patronymique d’une famille très nombreuse mais les auteurs ne fournissent aucun texte à l’appui de ce dire, qui n’est aussi qu’une hypothèse…

Michel Clerc – Aquae Sextiae, Histoire d’Aix-en-Provence dans l’antiquité (3) – page 232, note 1 – publié en 1916

1984 – Le retour de la version n°2 et du patronyme :

Robert Ambard (qui a, entre autres, beaucoup œuvré aux recherches historiques de l’oppidum d’Entrmont) publia en 1984 l’ouvrage Aix Romaine (4).

Son avis est à l’opposé de celui donné en 1916 par Michel Clerc. Pour R. Ambard, le nom des Milles n’indiquant pas un nombre ordinal, relèverait donc bien d’une origine liée au nom de famille des habitants des lieux :

…Le nom ne correspond pas à un nombre ordinal. Pour la bonne raison qu’il s’agit d’un patronyme : celui d’une famille de cultivateurs installée dans le courant du XVIIe siècle au lieu-dit le Plan d’Aillane (où les ont peut-être appelés les Puget-Barbentane, seigneurs de Saint-Pons) et qui ont fait souche…

Robert Ambard – Aix Romaine (4) – page 172 – publié en 1984

Il appuie ses propos en se basant sur des cas de lieux similaires dans la région qui ont vu leur dénomination être liée au nom de ceux qui s’y sont installés :

…Les exemples en abondent. Sans trop s’éloigner d’Aix, les Bonfillons, les Cabassols, les Astiers, les Figons, les Chabauds et des dizaines d’autres en portent témoignage (…) Même chose pour les bastides, elles prennent très souvent le nom de leur nouvel acquéreur…

Robert Ambard – Aix Romaine (4) – page 172 – publié en 1984

Qu’en penser ?

En dehors de ce que l’on vient de voir, on trouve aussi une histoire qui mentionne des bergers originaires de la région d’Arles qui, au cours de la période de la transhumance, auraient pris pour habitude sur leur chemin de faire une halte à proximité d’une source située au Plan d’Aillane. Le temps passant, il auraient fini par s’y installer définitivement, créant au XVIIe siècle, le « hameau des Mielles » qui est devenu Milles. Une histoire qui rejoint la version n°2, celle du patronyme Mille.

– En ce qui concerne la version n°1, il ne reste rien de la borne (si elle a existé), nous n’avons aucune indication précise de son emplacement géographique, et rien du pont indiqué dans la statistique du XIXe siècle qui n’est plus là, cette piste devient donc un impasse.

– En revanche en ce qui concerne la version n°2, on peut toujours chercher d’un point de vue patronymique :

En observant des documents d’archives de l’État Civil de ce que l’on nommait alors la paroisse de la Magdeleine de la plaine d’Aillane, on remarque effectivement que le nom de famille Mille y était porté depuis, au moins, le XVIIe siècle.

En effet, étant donné que l’on y trouve mention des décès de personnes nommées Mille dès 1701, au début XVIIIe siècle, on peut logiquement en déduire qu’elles étaient nées au XVIIe siècle et donc que ce nom y était déjà porté dès cette époque, au moins.

Pour appuyer ma pensée, prenons l’acte ci-dessous :

Source : Archives départementales des Bouches-du-Rhône – 202 E 73 – 1702

On y apprend qu’un certain Charles Mille a été enterré en cette paroisse le 9 février 1701. Certes, rien ne nous dit qu’il est né avant le XVIIIe siècle (il aurait pu mourir en très bas-âge, à moins d’un an), cependant il y a la mention de ses parents, notamment son père, Claude Mille, qui est forcément né au siècle précédent et qui portait donc déjà ce nom au XVIIe.


Mon avis personnel sur la question :

Cet avis n’engage que moi et moi seul. Nous avons donc :

1 – D’un côté : l’absence de preuves de la version n°1, qui indiquerait que le nom du village tient son nom d’une borne antique située sur un pont le long de la Via Aurélia d’Aix à Arles, cela n’indique pas pour autant que cette histoire est fausse, cependant, plus aucune trace n’est là (ni pont, ni borne, ni localisation précise).

2 – Face à elle : l’origine patronymique se voit confortée par d’avantages d’éléments, comme des actes qui font remonter le nom de famille plusieurs siècles en arrière, à une période qui correspond à celle de la formation du hameau, soit les XVII-XVIIIe siècles. Un nom de famille qui est, par ailleurs, toujours porté dans le village.

Au vu des éléments que j’ai pu observer, je penche pour l’idée du fait que l’origine du nom du village des Milles, pourrait être lié au nom de famille Mille qui y est représenté depuis une date correspondant à celle de sa fondation. Michel Clerc trouvait que l’origine patronymique manquait de preuve, toujours est-il qu’en l’état actuel des choses c’est la version pour laquelle je trouve que nous en avons le plus de nos jours.

La question divise encore aux Milles car au cours de discussions avec des millois, j’ai pu constater à plusieurs reprises que la version de la borne antique avait, elle aussi, ses défenseurs dans le village. En même temps, il faut bien avouer qu’une origine antique est toujours plus classe et appréciée qu’une simple origine patronymique du XVIIe siècle…


Pour d’avantage d’informations sur l’histoire du village des Milles, n’hésitez pas à consulter mes deux précédents articles sur le sujet en cliquant ci-dessous :

La chronologie des ces lieux :

Le petit patrimoine qui fait ou a fait le village :


Sources :
(1) Statistique du département des Bouches-du-Rhône – page 867 et page 309 – publié en 1824.
(2) Les Antiquités de la vallée de l’Arc-en-Provence – page 107 et page 108 – publié en 1907.
(3) Michel Clerc – Aquae Sextiae – Histoire d’Aix-en-Provence dans l’antiquité (3) – pages 231-232 – publié en 1916.
(4) Robert Ambard – Aix Romaine – page 172 (voir aussi note 27 de la page) – publié en 1984


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