La maladrerie Saint-Lazare

La maladrerie Saint-Lazare


Le lieu que nous allons découvrir aujourd’hui se situe à deux pas du Parc Jourdan, à l’angle des actuelles avenues Maurice Blondel et Benjamin Abram face au Rectorat à l’emplacement où se dresse l’immeuble qu’occupent de nos jours l’immeuble ci-dessous ainsi que  les numéros 7 et 9 de l’avenue Abram.

Le bâtiment qui se trouve aujourd'hui à l'ancien emplacement de la maladrerie Saint-Lazare
Le bâtiment qui se trouve aujourd’hui à l’emplacement de l’ancienne maladrerie Saint-Lazare

En ce lieu se trouvait autrefois la maladrerie Saint-Lazare, un lieu qui fut destiné à l’accueil des lépreux dès le XIIIe siècle et dont il ne subsiste absolument plus rien de nos jours.

La maladrerie Saint Lazare - Plan : Belleforest 1575 / BNF - Gallica
La maladrerie Saint Lazare – Plan : Belleforest 1575 / BNF – Gallica

Un peu d’histoire :

La lèpre, une grave maladie de la peau, aurait été mentionnée pour la première fois vers 3500 av J-C.
Lorsque bien plus tard la France fut touchée elle aussi, on construisit alors des maladreries (ou léproseries). Ces lieux ont été mis en place afin que les lépreux ne soient pas en contact avec la population, tout en leur permettant de vivre entre eux. Dans la majorité des cas, une maladrerie (pour utiliser le terme de l’époque), était située hors des remparts, constituée de plusieurs maisonnettes individuelles ainsi que d’un terrain cultivable et d’un cimetière. Les personnes atteintes de cette maladie y formaient alors une sorte de communauté.

Pour ce qui est de l’appellation « maladrerie », elle viendrait du terme « ladre » (le nom que l’on donnait au lépreux au Moyen-Age). Ce mot proviendrait d’un assemblage des mots  malade et ladre. Par contraction, ils donnèrent  le terme maladrerie. (Plus d’infos mieux détaillées sur l’étymologie de ce nom en cliquant ici)

 – Note : Pour en savoir plus sur ce sujet, je me suis plongé, entre autre,  dans les recherches de l’historien aixois Jean Pourrière. Plus précisément dans son ouvrage appelé « Les hopitaux d’Aix en Provence au Moyen-Age« . A partir d’anciens écrits, il a pu reconstituer en partie ce à quoi pouvait ressembler la vie et l’organisation de ce lieu. Ce livre n’est plus édité mais est disponible à la bibliothèque Méjanes.


 La lèpre à Aix et la première maladrerie :

La ville d’Aix ne fut pas épargnée, ainsi une première maladrerie aurait existé à l’est de la ville mais sa datation et son emplacement exact divergent selon les sources. Certaines évoquent cependant une zone à l’est de l’actuel cours Gambetta, aux alentours de la zone qui se trouve en face du lycée Gambetta. Ce que l’on sait, c’est qu’au XIIIe siècle, suite à l’augmentation des cas de lèpre dans les environs, une nouvelle maladrerie fut construite et installée le long de ce que l’on appelait à cette époque la route (ou chemin) de Marseille (le long de l’actuelle Av. Benjamin Abram).

Précision: A cette époque, la route de Marseille était bien différente de celle que l’on connait de nos jours. On quittait la ville au sud par la porte des Augustins, de là le chemin suivait le tracé de l’actuelle rue de la Masse, puis empruntait la rue Laroque et l’actuelle avenue Malherbe puis débouchait sur l’actuelle avenue Benjamin Abram. Cette route continuant ensuite vers le sud (vous me pardonnerez de ne pas faire sa description jusqu’à Marseille…). – 

Au XIIIe siècle lors du « déménagement » de la première et donc de la création de la seconde, les remparts sud de la ville d’Aix se limitaient approximativement au tracé de l’actuelle rue Espariat. La maladrerie se trouvait donc assez éloignée de la ville afin d’éviter toute contagion.


 La vie dans la seconde léproserie :

Les conditions d’admissions étaient assez particulière: les malades pouvaient s’y présenter spontanément, du moins c’est ce qui leur étaient recommandé. Car si ça n’était pas le cas et qu’un individu étais suspecté d’être malade, une procédure pouvait alors être ouverte, ce qui le menait le plus souvent vers un examen médical approfondi afin de savoir si oui ou non il était contaminé. Cependant, si les résultat s’avéraient positifs, le supposé malade pouvait demander une contre expertise.

Les pauvres y étaient admis gratuitement à la seule condition d’être de la ville. En revanche, certains étrangers à la ville y auraient toutefois été admis moyennant une participation. Cette maladrerie et son église furent représentées sur de nombreux plans anciens d’Aix, voyez ci-dessous trois vues, en 1575, 1666 et 1753. La première est issue d’un ouvrage de Belleforest, la seconde de Pitton et la troisième de Devoux. Ces plans nous montrent qu’au fil des siècles la structure c’est agrandie.

Différentes représentations des lieux au fil des siècles
Différentes représentations des lieux au fil des siècles

Le cimetière Saint-Lazare:
J’ai mentionné précédemment que les maladreries possédaient un cimetière, or sur les plans que j’ai à ma disposition, aucun ne semble apparaître à proximité de celle d’Aix. Cependant, l’auteur Roux-Alphéran mentionne la présence de l’ancien cimetière Saint-Lazare près d’une croix installée non loin de la maladrerie et abattue au XVIIIe siècle. Et en effet, en y regardant de plus près sur les plans ci-dessus de 1575 et 1666, on distingue en bas à gauche de ces deux vignettes la présence d’une croix qui n’est plus présente sur les plans postérieurs au XVIIe. On peut donc en déduire avec certitude que le cimetière ce trouvait entre cette croix et l’arrière de la maladrerie.

Précisions à propos de la croix près de l’ancien cimetière Saint-Lazare:
Cette croix avait été érigée au XVIe siècle à la mémoire d’un certain Louis Pignoli nommé à la hâte premier consul de la ville en novembre 1580 dans un contexte assez particulier: une épidémie de peste (donc rien à voir avec la lèpre et le sujet du jour).
Ce dernier aurait fait preuve de tant de dévouement envers les pestiférés, qu’il aurait fini par être atteint lui même de la peste et en serait décédé en à peine quinze jours. La croix en sa mémoire fut abattue au XVIIIe siècle. Du vivant de Roux-Alphéran (XIXe) on pouvait encore voir la base de la croix. Selon lui, cette croix méritait d’être rétablie pour perpétuer la mémoire du « généreux Pignoli ».
Malheureusement, ça ne fut jamais le cas. C’est ainsi que cette croix et son histoire tombèrent dans l’oubli, raison pour laquelle je souhaitais vous en faire part.


La fin de la lèpre et la fermeture de la maladrerie Saint-Lazare :

Vers la fin du XVIIe siècle, les cas de lèpre se font de plus en plus rares en Provence et en France en général. C’est ainsi qu’a cette période, la plupart des maladreries du pays furent fermées.

En ce qui concerne notre ancienne maladrerie Saint-Lazare désormais désaffectée, l’auteur Roux-Alphéran mentionne qu’en 1768, le ministère y forma un dépôt de mendicité où furent renfermés les mendiants surpris en état de vagabondage dans la région. Mais en raison de sa trop faible taille, ce lieu n’occupa cette fonction que quelques années.

Son existence au cours du XIXe siècle est évoquée dans le Mémorial d’Aix en 1840 où l’édifice est mentionné comme étant « abandonné depuis longtemps » et dans un bien mauvais état.

Le lieu est également représenté sur le cadastre napoléonien de 1828 où nous pouvons voir qu’il a encore évolué depuis  le plan de 1753.

L'ancienne maladrerie Saint-Lazare sur la cadastre napoléonien Image: Archives Municipales d'Aix en Provence
L’ancienne maladrerie Saint-Lazare sur la cadastre napoléonien
Image: Archives Municipales d’Aix en Provence

Si l’on compare l’évolution des lieux grâce aux plans anciens et au cadastre napoléonien, on s’aperçoit que la structure c’est agrandie et qu’elle est même restée en place jusqu’au XXe siècle. Car c’est bien ce même ensemble que l’on voir figurer sur d’anciennes photographies aériennes.

On distingue encore le bâtiment encore agrandi et tout près des anciens abattoirs sur la photo ci-dessous prise en perspective:

Les bâtiments de l'ancienne maladrerie
Les bâtiments de l’ancienne maladrerie vers 1930

J’ignore quel était sont rôle précis à cette période, mais on peut voir que cette structure est restée en place jusque vers 1960, période de sa destruction où elle fut remplacée par le bâtiment qui fait face au Rectorat et à l’ancienne cité universitaire Benjamin Abram.


L’évolution des lieux et la destruction de la maladrerie :

Sur le montage ci-dessous nous pouvons découvrir:
– Des vues des lieux sur des plans anciens
en 1575, 1666, 1753, 1828 et 1848.
– En 1930: les lieux faisant face aux anciens abattoirs (aujourd’hui détruits et remplacés par l’ancienne cité universitaire Benjamin Abram).
– En 1960: les bâtiments sont dans un état de ruine très avancé, le toit est percé de nombreux trous.
– En 1964: il n’y a plus rien, le tout fut rasé en vue de la construction de l’immeuble actuel.
– De nos jours: le rectangle rouge indique l’ancien emplacement de la léproserie.

L’évolution des lieux du XVIe au XXIe siècle – Photos © IGN-GEOPORTAIL 1930/1960/1964 – Plans BNF (voir sources)

Le montage ci-dessus nous montre que malgré son changement d’apparence au fil des siècles, on reconnait clairement la forme de la construction sur chacun des plans.

 – Les plans anciens (1575, 1666 et 1753) représentent le lieux sans réelle précision en ce qui concerne les mesures. On y retrouve quand même certains détails comme la chapelle.

 – A partir de 1828 les plans sont plus précis, notamment à partir du cadastre napoléonien en ce qui concerne les échelles.

 – Le plan de 1848 nous donne une information capitale : il nous confirme que les bâtiments présents à cette époque étaient bien ceux de l’ancienne maladrerie car une inscription la mentionne en tant qu’ancien hôpital Saint-Lazare. Il nous prouve que malgré les transformations et le temps, le bâtiment était le même et a juste évolué. On retrouve par ailleurs mention de ce lieu sous cette même appellation dans la presse locale de l’époque.

 – Au XXe siècle, la forme du bâtiment reste la même jusqu’au début des années 1960 où le tout fut détruit pour laisser place à l’actuel bâtiment.


POUR CITER CET ARTICLE :

- Sur une publication web ou papier : Mentionnez le nom de l'auteur de l'article et un lien vers l'article source.
- Sur les réseaux sociaux : Evitez d'extraire des photos du site, ça ne sert à rien. Partagez seulement le lien de l'article qui vous a plu.
Plus d'infos en cliquant ici pour les conditions ou ici pour me contacter.

 Sources écrites :
Pour en savoir plus sur la lèpre en Provence: Doc PDF
Mémorial d’Aix du 4 Octobre 1874
Jean Pourrière: Les hôpitaux d’Aix en Provence au Moyen-Age
Roux-Alphéran: Les Rues d’Aix

 – Sources iconographiques :
Plan d’Aix en 1575 : Gallica – BNF
Plan d’Aix en 1666: Gallica – BNF
Plan d’Aix en 1753 par Devoux : Wikimédia
Plan d’Aix en 1828 (cadastre napoléonien – A.M. d’Aix)
Plan d’Aix en 1848 par Gasquy : Gallica – BNF

et pour les vues aériennes anciennes :  Remonter le temps (service de Géoportail)



Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

avatar