L’Aix d’autrefois retrouve ses couleurs


La photographie ne date pas d’hier. D’abord réservée à quelques-uns, la technologie s’est peu à peu fait sa place dans chaque foyer. Dans un premier temps les clichés obtenus ne représentaient leurs sujets qu’avec des tons sépia ou noir et blanc. Des technologies permettant d’obtenir des clichés en couleur comme le photochrome ont commencé à apparaître vers 1890. En 1935 apparaît le Kodachrome, une technologie plus accessible permettant d’obtenir, là aussi, des vues en couleurs. Cependant, le noir et blanc a largement dominé et il a fallu attendre jusqu’au milieu du XXe siècle pour que la photo couleur se démocratise réellement pour tous et toutes.

Un cliché, quel qu’il soit, est déjà très parlant. Mais pour ma part, j’ai toujours trouvé qu’une fois remis en couleurs, il nous parle d’avantage à nous qui avec nos yeux voyons, justement, en couleur (c’est mon avis, hein).

Partant de ce constat personnel, je me suis permis de redonner leurs couleurs à quelques clichés pris à Aix il y a entre 100 et 150 ans environ. Ils proviennent tous du site de la bibliothèque Méjanes. Ils sont l’œuvre de Claude Gondran (1823-1913), Marie Pellechet (1840-1900), le studio Ely bien connu à Aix, tandis que certains autres sont des cartes postales pour lesquelles je n’ai pas le nom de l’auteur du cliché.

Les photos que j’ai utilisées pour cet article étaient soit en noir et blanc, soit sur des tons sépias. Pas de photochrome ni de Kodachrome donc.


Redonner des couleurs à d’anciens clichés :

Redonner ses couleurs à une photo, c’est long. La première étape consiste à utiliser l’intelligence artificielle au travers d’outils informatiques pour délimiter et vaguement mettre en évidence les différentes matières (minéral, végétal, et…). Je ne le cache pas, je n’ai pas tout colorisé de A à Z.

Seulement, si cette première étape est une aide précieuse, elle ne suffit pas, car n’offrant qu’un brouillon très fade (et puis ça serait bien trop facile !) Une seconde étape est indispensable. C’est la plus importante et c’est celle qui va vraiment redonner de la couleur et des contrastes. Il faut de la patience, alterner entre les essais / erreurs, jouer avec les calques (sous Photoshop). Essayer de redonner une apparence convenable (couleurs affinées, contrastes et saturation des éléments, restaurations éventuelles, etc…). Aussi et surtout, éviter un maximum le côté « photo redessinée façon coloriage » et c’est pas si simple en fait. Et je ne vous raconte pas du nombre que j’ai commencées sans jamais les finir, puis jetées, me rendant compte que le résultat serait purement immonde.

Ci-dessous, les étapes de la colorisation. A gauche la photo d’origine ; au centre celle après passage de l’I.A. ; à droite la photo finalisée par mes soins après traitement :

Difficulté à laquelle je n’avais pas pensé : redonner les bonnes couleurs à certains lieux que l’on ne connait qu’en noir et blanc. Obligation donc pour moi, parfois, de prendre de toutes petites libertés, cohérentes mais inévitables.

Je reste parfaitement conscient que parfois le résultat n’est pas parfait. C’est le problème lorsque l’on essaie de coloriser des photos très anciennes : selon le support original, le résultat n’est pas toujours l’équivalent exact d’une photo en couleur. Malgré tout, dans l’ensemble, cela vaut quand même le coup d’œil. Et si j’avais trouvé le résultat vraiment dégueulasse, je n’aurai rien publié du tout.


Même technologie mais autre époque :

De nous jours nous avons quasiment tous et toutes un appareil photo dans nos poches avec les smartphones, n’hésitant pas à flasher à la pelle, un peu trop et un peu n’importe quoi parfois, il faut bien l’avouer… Autrefois l’objet photographique n’était pas aussi démocratisé mais les auteurs des vues de mon article ont fait de même : ils ont eux aussi figé un instant.

Alors certes, le geste est le même mais ce qu’il représente est bien différent, ces anciennes vues nous montrent une ville d’Aix à l’ancienne, une ville d’Aix partiellement évaporée au gré du temps, une bonne raison de la redécouvrir, cette fois, en couleurs.

J’ai sélectionné 11 clichés couvrant de la seconde moitié du XIXe siècle au début du XXe. Pour comparer, chaque cliché colorisé est accompagné de l’original. J’ai aussi ajouté pour chacun une notice contenant des informations historiques liées au lieu représenté.


La présence des documents anciens et leur réutilisation par mes soins dans cet article respecte les conditions de réutilisation des données de la bibliothèque numérique de la bibliothèque Méjanes, telles qu’indiquées sur son site.


L’ancienne Aix retrouve ses couleurs :

La rotonde des trains de l’ancienne gare de marchandises (disparue) – Cliché réalisé entre 1870 et 1877 :

Cette vue nous montre la construction d’un bâtiment lié à l’ancienne gare de marchandises et destiné à accueillir plusieurs machines à l’aide d’un pont tournant pour leur entretien et leur mise en chauffe. Des ouvriers sont visibles au sol et sur les charpentes métalliques tandis qu’un chien pose au premier plan. Délaissé à partir de la seconde moitié du XXe siècle, cette remise fut détruite vers 1980-81. Son emplacement est aujourd’hui occupé par le Grand Théâtre de Provence. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (3), 132


Le beffroi vu depuis le balcon de l’hôtel de ville – Cliché réalisé vers 1891 :

Un emplacement de choix pour Marie Pellechet qui s’est placée sur le balcon de l’hôtel de ville pour y observer la tour de l’horloge construite au début du XVIe siècle sur l’une des portes de l’ancienne ville Comtale. On y remarque le sol pavé de la rue ainsi qu’un cheval et son attelage garé en contrebas. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Marie Pellechet – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (3), 132


L’hôtel de ville et sa place – Cliché réalisé entre 1860 et 1913 :

On retrouve ici l’hôtel de ville d’Aix achevé au XVIIe siècle. Excepté quelques détails, les lieux n’ont pas beaucoup changé de nos jours. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (1), 34


L’ancienne porte Notre-Dame (disparue) – Cliché réalisé entre 1870 et 1874 :

Construite vers 1786-88 en remplacement d’une plus ancienne, cette ancienne porte faisant partie des fortifications de la ville se trouvait au débouché nord de l’actuelle rue Jacques de la Roque. Ayant perdu son utilité et gênant le passage, elle fut détruite en octobre 1874. On distingue le rempart de chaque côté de la porte et, au second plan du cliché le clocher de la cathédrale Saint-Sauveur. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (1), 56


La rue des Bagniers – Cliché réalisé avant 1924 :

On y retrouve ses commerçants (boulanger, chapelier, tabac, etc…) qui posent devant leurs enseignes, ainsi que la fontaine au bout de la rue pas encore ornée du médaillon représentant Cezanne qui ne fut installé qu’en 1926. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document original – Éditeur : Editions Calle – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. CPA. AIX. 0048


La construction du viaduc de l’Arc de Meyran depuis les hauteurs – Cliché réalisé entre 1870 et 1877 :

Construit à l’occasion de la création de la ligne reliant Aix à Marseille inaugurée en 1877, ce viaduc ferroviaire permet aux trains d’enjamber la vallée de l’Arc sur plus de 500 mètres de long. Comme on peut le voir, un chantier pour le moins titanesque. (Note : la ville d’Aix était déjà desservie par le train depuis 1856 mais la ligne directe vers Marseille ne remonte qu’à 1877). Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (3), 129


La construction du viaduc de l’Arc de Meyran depuis le sol – Cliché réalisé entre 1870 et 1877 :

Même chantier que pour la vue précédente, même période mais vu plus près du sol. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (3), 130


La tour d’Aygosi – Cliché réalisé entre 1860 et 1913 :

Cette tour qui gagna son nom au XVe siècle se trouve aujourd’hui entourée de constructions au cœur de la résidence du même nom. Nous la voyons ici entourée de verdure, un époque bien lointaine. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (2), 110


La campagne autour des anciennes infirmeries de l’Arc – Cliché réalisé entre 1860 et 1913 :

Ce cliché nous montre la campagne qui entourait alors les abords directs du sud de la ville.

Au centre, les anciennes infirmeries. A l’origine s’y trouvait une bastide, dite de Pérignane, acquise par le roi René au XVe siècle pour en faire l’une de ses maison de campagne. Au XVIe siècle, le bâtiment fut acquis par la ville et transformé pour y accueillir les victimes d’épidémies, une première aile fut construite au sud du bâtiment à cette période. Les épidémies se répétant et la place commençant à manquer, une seconde aile fut ajoutée au nord du bâtiment au siècle suivant. Ambroise Roux Alpheran, dans son ouvrage Les rues d’Aix, indique que lors de l’épidémie de peste de 1720 venue de Marseille, environ 1300 personnes seraient mortes aux infirmeries de l’Arc sur la période entre août 1720 et juillet 1721.

Le quartier a beaucoup changé depuis cette prise de vue mais les deux bastides visibles sur la droite du cliché existent toujours (voir une vue actuelle du même angle sur Google Maps). De nos jours les anciennes infirmeries de l’Arc accueillent un hôtel ainsi que des locaux du complexe sportif du Val de l’Arc. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalAuteur : Claude Gondran – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. GON. (2), 109


L’hippodrome du quartier de Parade (disparu) – Cliché réalisé le 30 novembre 1913 :

Inauguré le 15 octobre 1911, l’hippodrome de Parade (on ne parlait pas encore de « la » Parade) situé entre Les Milles et Aix accueilli de nombreuses courses et prix hippiques. Ce cliché fut pris à l’occasion du Rallye Paper de la société d’équitation St-Georges donné le 30 novembre 1913. Au croisement des années 1960 et 70, le champ de courses tira sa révérence, jusqu’à disparaître et être remplacé depuis les années 80 par la résidence du même nom. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalÉditeur : Photographie artistique Henry Ely – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. CPA. AIX. 0155


Le pont sur l’Arc aux Milles – Cliché réalisé avant 1907 :

La première pierre de ce pont se trouvant dans le village des Milles fut posée le 20 juillet 1845. Il enjambe l’Arc reliant les rives nord et sud du village. Sur le cliché on distingue trois personnes au bord de la rive, une quatrième plus à gauche, ainsi qu’une autre sur le pont. Localisation sur Google Maps.

Lien vers le document originalÉditeur : ? – Lieu de conservation : Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence – Cote du document : PHO. CPA. Al. 0002


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